Actualités - Dans le diocèse

Mgr Lafont : " Dieu n'est pas responsable de cette pandémie"

A l'heure ou le coronavirus fait des ravages dans le monde, beaucoup s'interrogent sur le rôle de la foi et de la spiritualité. Mgr Emmanuel Lafont, évêque de Cayenne livre ses vérités.

Quel est votre regard sur la crise sanitaire mondiale du moment ?

De mémoire humaine, jamais pandémie n’a pris une telle ampleur médiatique comme celle du COvid_19. La raison principale est la manière si rapide de son expansion et la saturation des établissements hospitaliers qui ne peuvent pas faire face !

Toute mort est terrible. Ma pensée et ma prière vont d’abord vers les personnes qui meurent seules, vers les familles et les amis qui ne peuvent ni accompagner les malades ni rendre un dernier hommage comme ils le voudraient. Que Dieu leur vienne en aide !

Cette crise contraint déjà le monde à vivre autrement : confiné, appelé à réfléchir, à prier, à mesurer ses gestes et ses envies. Puissions nous demeurer ensuite dans cette conversion du style de vie !


 Que répondre à ceux qui s’interrogent sur la « responsabilité » et surtout « l’action » de Dieu pour limiter la propagation du virus ?

Dieu n’est pas responsable de cette pandémie. Peut-être le sommes nous nous-mêmes tellement nous avons abusé de la nature et même de nos corps par une activité à tous égards excessive et dans l’exploitation de la nature, et dans le non respect de nos corps, de notre nourriture, de nos temps de repos. A force de courir…

Et à ceux qui parlent « d’une punition » de Dieu ?

Dieu ne punit jamais. Nos fautes, nos erreurs peuvent nous « punir » et Dieu laisse faire et nos erreurs et leurs conséquences. Mais il ne nous abandonne pas. Relire tranquillement l’histoire de Caïn et la manière dont Dieu est présent, avant et après le meurtre (Genèse 4,1-16), et même quand Caïn part « loin du Seigneur ». Lui s’éloigne, mais pas Dieu.

Mais Dieu est au coeur de l’humanité. Il accompagne les croyants, il leur donne espoir, il les aide à choisir le respect des personnes et des règles. Il donne courage pour faire ce qui est bien et éviter ce qui ne l’est pas. Je le vois à l’œuvre chez tant de croyants, de malades, de médecins, d’infirmiers, de journalistes, de responsables politiques, de pasteurs… Sa présence bienfaisante est palpable, bin au delà des cercles de croyants…


Certains affirment que tout ce que vous vivons en ce moment est écrit dans la bible, est-ce vrai ?

Ce qui est écrit dans la Bible, c’est que Dieu a mis devant nous un choix : celui de la mort (en désobéissant) et celui de la vie (en obéissant) : Deutéronome 30,15-18. Cela se vérifie tous les jours. Mais la Bible n’a jamais parlé du COvid_19 ! Elle n’en a pas besoin !

Ne craignez-vous pas que les églises se vident au lendemain de cette épreuve ?

Pas du tout. Les épreuves sont toujours des moments où l’on revient vers l’essentiel et ne nous laissons moins prendre par l’accessoire.

 Quel le rôle de l’évêque et des prêtres de Guyane dans ce contexte ?

L’évêque prie. L’évêque et les prêtres invitent les fidèles à la confiance, à la prière et à l’obéissance.

 Comment s’est organisé le diocèse pour faire face à la crise ?

Nous avons pris les mesures nécessaires pour éviter tout manquement aux règles du confinement. Une messe est radiodiffusée et télévisée chaque jour à 9 heures depuis les Studios de KTV à la Sainte Famille. Les réseaux sociaux montrent la volonté des chrétiens de prier, de se convertir et de vivre cette crise dans la confiance.

 Il y a de fortes chances que le confinement soit prolongé et renforcé, avez-vous déjà pris des décisions concernant la semaine sainte et fête de Pâques qui approchent ?

La messe Chrismale du 6 avril prochain est reportée à une date ultérieure. Les baptêmes d’adultes n’auront pas lieu à Pâques mais à la Pentecôte, si Dieu veut. Les chrétiens célèbreront Pâques en Esprit et en vérité (Jean 4,23-24). On peut faire chez soi le Chemin de Croix, prier avec les textes de la Parole de Dieu des jours saints, et faire une « communion spirituelle » dont le profit est aussi grand que la communion sacramentelle lorsque l’on n’a pas le choix.

 A titre personnel, êtes-vous inquiet pour les prochains jours ?

Non, je ne suis pas inquiet. Je suis confiant. Avec vous tous, je suis au désert, avec Jésus, pendant ses quarante jours (cf. Luc 4,1-13). Dieu est tout proche, le diable n’est pas loin, mais Dieu est le plus fort. Je prie à toutes vos intentions et je vous demande de prier pour moi aussi.

Quel est votre message pour la Guyane ?

Cette pandémie n’est certainement pas voulue par Dieu, mais Dieu nous parle à travers elle. Il nous invite à recentrer nos vies sur l’essentiel. Jésus nous sauve en nous montrant le chemin de l’amour, du don, du partage et du respect de tous, de la création et de soi-même. Il nous invite à nous repentir de nos fautes. Revenons vers Dieu comme des enfants qui savent que Ses lois sont protection et vie. Retrouvons le chemin du vrai bonheur en cessant de courir après les choses de ce monde. Nous en avons besoin, mais nous ne devons ni devenir leurs serviteurs ni chercher à en posséder plus que nécessaire. Une seule chose est nécessaire : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » (Matthieu 6,33).
Franceguyane.fr du 23 mars